C'est fou comment les cours de morale peuvent nous inspirer, parfois! xD
Voilà, nous devions nous trouver une question que l'on se posait sur le thème du bonheur. Voici la mienne: "Est-ce que le véritable bonheur peut être atteint, où est-ce qu'on repousse toujours nos limties, question d'en avoir plus?"
Ce texte exprime mon propre point de vue sur la question. Et pour ceux qui se disent que j'ai tout ce qu'il me faut pour être heureuse, détrompez-vous...
o.oO...Oo.o
Sous la pluie torrentielle d'un soir de septembre, était assis sur le trottoir froid et humide un vieux clochard, ayant comme seul abri une boîte de carton en décripitude. Celui-ci regardait pendant des heures durant les lumières allumées des gratte-ciel du centre-ville. Son regard, celui qu'il leur lançait, était à la fois mélancolique et plein d'envie. Ah... comme il aurait aimé être comme eux, comme ces enfants de la ville - c'était comme ça qu'il les surnommait. Lui aussi aurait souhaité avoir un lit douillet pour dormir le soir, une maison confortable pour le garder au chaud, des amis, collègues et parents autour de lui pour lui tenir compagnie. Eh non: la vie ne lui avait pas donné cette chance. Elle ne lui avait pas donné la chance de goûter au bonheur, au bonheur de ces enfants de la ville. Ils les voyait marcher, rire et sourire tous les jours devant lui, sur le trottoir; chose qu'il n'avait jamais vécu lui-même en 50 ans, et qu'il ne viverait probablement jamais. Il n'avait jamais été heureux...
Ce soir-là, cependant, tout changea. Une jeune femme, très BCBG, en voiture rouge sport - le genre de voitures où les conducteurs le fixaient avec un air méprisant - s'arrêta devant lui, sortit de son véhicule et s'avança vers le pauvre homme. Elle lui tendit la main, lui demandant d'une voix douce:
"Monsieur... souhaiteriez-vous avoir un abri pour la nuit? Je peux vous en fournir un..."
Le vieux clochard se demanda s'il rêvait. Il se pinça... et non, cette femme était toujours là, la main tendue vers lui et le regard empli de compassion. Le vieil homme finit par se lever et se rendit, non sans peine, dans la voiture de la femme.
Il fut très bientôt rendu chez elle: un appartement confortable, mais tout de même chic et bien éclairé. La femme s'affaira à lui préparer à manger, tandis que son pensionnaire explorait les environs. Quelle joie de se voir enfin dans une maison, une vraie maison, bien au chaud et à l'abri de la pluie, en compagnie d'une jeune femme aussi altruiste que jolie! C'était bien mieux, mille fois mieux même, que sa boîte de carton en décripitude! Tel un enfant dans un magasin de jouets, il explora les moindres recoins de la maison avec curiosité, touchant à tout, sautant sur les lits. Il est en état d'extase totale, car non seulement il découvre un nouvel endroit, mais en plus, il déouvre enfin le bonheur. Enfin...
Puis vint l'heure du souper. Le vieux clochard ne se fit pas prier pour manger: il goûta à tout, sans retenue aucune. Il souriait de ses dents jaunies, et avec raison! Le viellard lui déclara alors:
"Vous devez sûrement connaître un bonheur immense, n'est-ce pas madame? Vous avez tout ce qu'il vous faut ici, et même plus! Un vrai paradis sur Terre!"
La dame eut un sourire triste, ce qui estompa le sourire du viellard. Il ne comprenait pas... pourquoi était-elle si... triste?
"Hé bien, commença la dame , vous serez surpris de savoir à quel point je suis loin du bonheur..."
"Comment?!?" Le vieillard eut les yeux ronds comme des billes à ces propos.
"Monsieur... le bonheur absolu ne peut véritablement être atteint. Voyez-vous, il y a tant de choses que je souhaite avoir, et que je n'ai pas. Comme l'amour véritable, ou l'éradication de la souffrance autour de moi, et dans le monde... Et, une fois que je les aurai en ma possession, je voudrai sûrement d'autre chose, de plus gros et de plus fort... Jamais je ne serai véritablement heureuse. Et vous non plus, d'ailleurs..."
Insulté, le viellard se leva de table et se dirigea vers la porte. Si le bonheur n'existait pas, si cette femme, avec tout ce qu'elle avait, n'était PAS heureuse, il était mieux de rester dans sa boîte de carton décrépite! La femme se leva à son tour, et avant qu'il n'ouvre la porte pour sortir, elle lui prit le bras.
"Écoutez, écoutez... Pardon de vous avoir déçue. Cependant, je crois que c'est mieux comme cela. La recherche de ce bonheur nous pousse à nous trouver des buts, des rêves, qui forgent à eux-mêmes toute notre existence. Sans eux, je ne serai rien qu'un automate marchant sans direction précise. Peut-être n'atteindrez vous jamais le bonheur absolu, mais... du moins, essayez d'y être le plus proche... D'avoir au moins une parcelle de ce bonheur..."
Tête baissée, le clochard se retourna vers la dame, réfléchissant à ces mots. Trente secondes plus tard, il sourit, d'un sourire franc. Elle avait raison, au fond. Il fallait avancer vers le bonheur, un pas à la fois. Plus il avançerait, plus le bonheur paraîtrait grand. Et plus il serait grand...
Ce fut ainsi qu'il resta chez la dame jusqu'à la fin de ses jours. À défaut d'avoir le bonheur absolu, il obtint une parcelle de paradis...